Durant sa charge de Commendatore, Teseo Aldrovandi, en plus d’avoir confié la décoration de la loggia à Ercole Perillo, un artiste de renommée modeste, s’attacha particulièrement à l’embellissement du Salone, pièce maîtresse de ses appartements, en le confiant à des artistes de bien plus grande envergure. La majorité des peintures du Salone est attribuée aux frères Jacopo et Francesco Zucchi. Les scènes représentées retracent l’histoire de l’hôpital, de sa première construction sous le pontificat d’Innocent jusqu’à sa transformation définitive sous Sixte IV, illustrant les soins médicaux et l’accueil qui en définissent la mission. Aujourd’hui, le Salone est utilisé comme salle de conférences et communique avec les espaces de la Bibliothèque Lancisiana, autrefois partie intégrante des appartements des Commendatori.
Points of interest
Vue d’Ensemble du Salone
Depuis le portail ouvrant sur la loggia—surmonté à l’extérieur des armoiries du pape Clément XIV Ganganelli et à l’intérieur de celles de Teseo Aldrovandi—on accède à une grande salle entièrement ornée de fresques. Sur les quatre murs, d’imposants cadres illusionnistes, imitant de somptueuses tapisseries drapées, renferment des scènes grandeur nature illustrant l’histoire et les activités de l’hôpital. Au centre du haut plafond à caissons en bois, un blason biparti arbore les armoiries de Teseo Aldrovandi, accompagnées de la croix à double traverse. Dans la large frise supérieure des murs, les armoiries pontificales alternent avec des paysages imaginaires de campagnes et de marines, accompagnés de cartouches expliquant leur signification allégorique. Ces fresques sont attribuées au cercle de Paul Brill, Cesare Arbasia et Ercole Perillo.
Le Rêve d’Innocent III et les Armoiries Pontificales
La grande fresque du mur nord raconte l’histoire de la fondation de l’Hôpital Innocenziano à la fin du XIIe siècle, dédié à Sainte-Marie in Sassia. Elle prend sa source dans la légende de la « pêche macabre », un rêve d’Innocent III dans lequel des pêcheurs retirent du Tibre les cadavres de nouveau-nés, jetés à l’eau par leurs propres mères, et les présentent au pape. En réalité, sous son pontificat, l’hôpital fut refondé comme un lieu d’accueil pour les enfants abandonnés, les pauvres et les femmes seules, tout en assurant des soins médicaux gratuits aux malades de toutes conditions. Ce projet reposait sur le principe selon lequel la maladie ne devait pas être perçue comme une punition divine. Au-dessus du grand panneau, deux figures féminines—allégories de la Misericorde et de la Piété—accompagnent les armoiries d’Innocent III : un aigle échiqueté de noir et d’or, symbolisant la mission du pontife.
Construction des Salles et Armoiries de Sixte IV
Sur le mur sud, la fresque illustre la phase suivante de la construction du nouvel hôpital, entreprise par Sixte IV della Rovere dans le cadre du vaste projet de réaménagement de Rome et du quartier du Vatican, à partir de la fin du XVe siècle. On y voit le pape à cheval sur la chinea, monture blanche réservée aux souverains et aux personnages illustres, accompagné du cardinal Bessarion et de la garde pontificale. Sixte IV s’entretient avec Baccio Pontelli, célèbre architecte également impliqué dans d’autres chantiers sistins, qui lui présente les plans des nouvelles salles de l’hôpital, encore en construction en arrière-plan.
Le Commandeur Aldrovandi et le Pape Grégoire XIII
Sur le mur est, les armoiries du pape Grégoire XIII Boncompagni dominent la scène. Elles représentent un dragon surmonté de la tiare et des clés croisées, encadré par deux figures féminines—allégories de la Vigilance et de la Garde—introduisant la grande fresque en contrebas, qui célèbre la remise du titre de Commandeur à Teseo Aldrovandi par le pontife. Le symbole de cette distinction est un tissu noir orné d’une double croix blanche. Sur le côté gauche, deux personnages portent des sceaux, accompagnés d’une figure en armure et au casque orné de plumes, vraisemblablement une allégorie de la ville de Rome. Dans l’angle inférieur droit, la légende raconte que les auteurs du tableau, les frères Zucchi, se seraient représentés de dos, vêtus en soldats. Ils auraient également laissé d’autres indices de leur présence cachés dans les guirlandes qui ornent les angles de la salle, où, parmi un feuillage dense, on distingue des zucche (courges)—un jeu de mots sur leur nom—ainsi que d’autres produits exotiques du Nouveau Monde, alors très prisés.
La Mission de l’Hôpital
Sur le mur ouest, sous les armoiries monumentales de Sixte IV della Rovere—fondateur de l’hôpital—encadrées par les allégories de la Persévérance et de la Providence, la fresque décrit en détail les principales activités menées au sein de l’établissement. Elle met en lumière le rôle de chacun dans cette grande œuvre de charité, de soins et d’accueil.
Accueil des Enfants Abandonnés
Au cœur de la scène figure la pratique de l’allaitement nourricier. L’hôpital prenait en charge l’embauche et la rémunération, modeste mais garantie, de nourrices issues principalement des campagnes environnantes, afin qu’elles allaitent les nouveau-nés et veillent à leur santé et à leur hygiène. En grandissant, les enfants étaient confiés aux soins des religieuses jusqu’à l’âge adulte. Les garçons recevaient une formation à un métier, tandis que les jeunes filles, lorsque cela était possible, se voyaient attribuer une dot et un mariage arrangé. Dans le cas contraire, elles restaient au sein du complexe hospitalier, occupant des fonctions de servantes, d’infirmières ou de religieuses
Musique
Une autre activité qui a contribué à la renommée de l’hôpital fut l’établissement en son sein d’une prestigieuse école de musique, issue d’une tradition ancienne déjà mentionnée dans le Liber Regulae Sancti Spiritus. De grands musiciens tels que Pasquini, Frescobaldi et Zoilo se sont succédé pour enseigner le chant, le clavecin, l’orgue et la flûte, orientant ainsi les jeunes élèves vers des carrières musicales. La musique était également considérée comme un soutien précieux dans le soin des patients. Un orgue, placé entre les deux salles de l’hôpital, apportait du réconfort aux malades durant leurs longues journées d’hospitalisation, et l’on croyait que le son de la flûte, pendant l’allaitement, favorisait l’écoulement du lait.
Salles et Lits à Baldaquin
À l’arrière-plan de la grande scène chorale, un aperçu des salles de l’hôpital illustre les soins et l’assistance aux patients. Les salles étaient dotées de lits à baldaquin numérotés, équipés de couvertures et de linge, avec une présence continue du personnel infirmier sous la supervision des membres de la confrérie.



